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Des écrivains du soufisme ou des soufis écrivains ? Voyage au pays des mystiques[1]
Yazan Alberto Fabio Ambrosio   
05.01.2012 23:59

 L’article présente le soufisme par le biais de la littérature contemporaine turque. En effet, si le soufisme a subi en Turquie un coup d’arrêt avec l’interdiction des confréries soufies en 1925, une nouvelle façon d’exister du courant spirituel voit le jour par le moyen de la littérature et plus précisément des romans historiques. Après une présentation des écrivains turcs qui se sont distingués dans les années récentes pour leur production, l’article offre une introduction à l’oeuvre de Sadık Yalsızuçanlar, écrivain fécond et apprécié, et la version française de deux courts textes.

Mots-clés : Soufisme, derviches tourneurs, confréries soufies, littérature religieuse, romans historiques, Turquie, Sadık Yalsızuçanlar.

L’Islam ottoman, puis turc, est fortement marqué par certains auteurs qui ont influencé la doctrine et les pratiques mystiques, tels Jelâleddin Mevlâna Rûmî (m. 1273), Yûnus Emre (m. 1321), Hâcî Bektaş Veli (m. 1337-38), Hâcî Bayrâm Veli (m. 1429), pour ne citer que les plus célèbres. Ces auteurs spirituels sont aussi à l’origine des confréries musulmanes avec un fort penchant initiatique et mystique. L’histoire des confréries dans l’Empire ottoman et les mouvements dans la Turquie républicaine font l’objet de bon nombre d’études, en histoire comme en sociologie. Parfois, il en ressort un soufisme un peu aride, fait, dans le meilleur des cas, d’un ensemble de pratiques et rituels, voire d’une seule problématique historique, aussi importante soit-elle. Les faits historiques et les conditions sociales sont indéniables dans la vie des confréries qui ont essayé de mettre en oeuvre la doctrine soufie, mais ils ne suffisent probablement pas à transmettre le contenu spirituel.

Le soufisme, à bien regarder, est constitué, avant tout et comme toute mystique, d’un corpus de textes formant le noyau de la doctrine et de la pratique. En Turquie républicaine, depuis 1925, le soufisme des confréries est interdit (Zarcone, 2004). Cette interdiction a signifié la disparition d’organisations capables de former des individus à une véritable vie intérieure. Les confréries (tarikat) avaient pour but de diriger les croyants vers une expérience plus intense et plus profonde de la foi musulmane et de les orienter vers la rencontre avec Dieu, l’Unique. Après cette interdiction qui a frappé toutes les voies mystiques en Turquie, la situation a radicalement changé. Certaines d’entre elles ont pu garder presque intact leur mode de vie car il s’agissait de confréries discrètes, sans pratiques visibles. Par exemple, les Nakşbendîs ont survécu à la disparition grâce à leur « invisibilité ». Leur zikr, la remémoration du nom ou des noms de Dieu, étant silencieux, ne prévoyait point des « spectacles » comme pour d’autres groupes. Une deuxième catégorie de confréries soufies a pu traverser cette épreuve, après ce coup dur et elles survivent très discrètement. Leur impact dans la société a été fortement réduit et elles essaient de maintenir des aspects traditionnels. Les Kadirîs d’Istanbul qui se retrouvent dans un ancien tekke (couvent) au bas de la colline de Péra, se rencontrent tous les mardis et après un repas en silence, ils pratiquent le zikr. Ce groupe bien discret, qui a passé des phases glorieuses dans l’histoire, est aujourd’hui réduit à une petite communauté et essaie de sauvegarder une tradition demeurant authentique. D’autres confréries n’existent plus que sous le couvert du folklore et d’une vie associative pour le maintien de la musique et de la culture soufie. Les célèbres derviches tourneurs ou plus proprement Mevlevîs, essaient, depuis les années 50, de recomposer l’organisation d’antan, mais sans pouvoir pour autant revenir à l’ancien système de vie (Ambrosio, 2010). Ces groupes vivent donc un renouveau culturel et folklorique, très apprécié, d’ailleurs, par les visiteurs et les touristes étrangers. À l’heure actuelle, les Turcs appellent ce phénomène la « confrérie du tourisme » (turizm tarikatı).

Un écrivain et un soufi

Nous laissons une place d’honneur à Sadık Yalsızuçanlar. Sadık est né en 1962 à Malatya. Après avoir étudié la langue et la littérature turques à l’Université Hacettepe d’Ankara, il a travaillé comme instituteur, éditeur et enfin comme réalisateur de documentaires pour la chaîne de télévision turque (TRT). Cette expérience de travail avec les médias l’a poussé à s’interroger sur la valeur du cinéma dans deux essais, l’un intitulé le Cinéma du Rêve (Rüya Sineması), et l’autre Télévision et Sacrée (Televizyon Ve Kutsal). Il a traduit aussi des textes classiques de tradition soufie en turc moderne. Mais c’est surtout pour ses romans qu’il est connu en Turquie. D’autre part, il est lu et connu surtout dans un milieu qui ne dédaigne ni la tradition musulmane ni la tradition soufie.
Sadık s’impose dans le panorama littéraire de la Turquie contemporaine pour sa veine profondément ancrée dans le mysticisme. Ses romans s’inspirent souvent de la vie de soufis, ces mystiques musulmans, comme Ibn ‘Arabî, Aziz Mahmud Hüdayi (Yakaza) grand auteur ottoman du XVIIe siècle (Anka : Phénix) et Said Nursi, auteur charismatique de la fin de l’Empire ottoman (Dem : Souffle).

Par son écriture, il essaie aussi de décrire une façon de regarder la réalité, probablement à la manière soufie dans l’approche du vécu des hommes et des femmes. Certaines pages de ses écrits constituent de surprenantes méditations. Il suffit de se pencher sur les pages des récits intitulés ‘Rien’ (Hiç) pour être surpris par la densité spirituelle et par l’expression paradoxale qui le caractérisent. Un des textes de ce recueil, Halvet der Encümen, est le commentaire moderne, dans le genre du très court récit – post-moderne dirait-on -, d’un des éléments fondamentaux de la confrérie Nakşbendî, la retraite dans le monde. La retraite dans le monde signifie pour un derviche son insertion dans la société, tout en gardant tourné le regard vers la réalité divine. Ce court texte illustre le sens de la solitude humaine comme une façon moderne d’expérimenter la retraite et la fuite du monde. La retraite dans le monde ouvre donc une vision du monde plus profonde, tout en étant dans ce bas-monde.

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[1] Une première version du présent article est paru dans Chemins de Dialogue, 36 (2010), pp. 171-180.

 

Des écrivains du soufisme ou des soufis écrivains ? Voyage au pays des mystiques [PDF]

 

 Alberto Fabio Ambrosio
Chercheur associé Cetobac/Ehess

 

 
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